Hello,
Bon, il y a tant à dire sur ces 15 jours ou je vous ai laissés. J'ai réussi à remonopoliser l'ordi de l'accueil. Je me fais toute petite en espérant qu'on ne me voie pas trop. Si mon poste se finit brusquement, ne vous inquiétez pas....
Petites amplettes à Saint Jean Pied de Port
Hé oui. Ce lieu de transition, m'a retenue un jour de plus... J'avoue que la perspective de vous lire chacun (vos mails perso me font tellement de bien et vos commentaires me donnent un de ces feux... vous n'imaginez pas !!! Vous êtes mon essence, mon carburant !) m'a facilement convaincue. Il fallait aussi que je fasse deux trois courses et c'était dimanche hier. Quelques piles pour cet appareil goulu qui m'use un quatrin de piles toutes les semaines... m'enfin, ca vaut la peine. Et puis quelques tours (et puis s'en vont) à la pharmacie. Que voulez-vous, le jour ou j'ai guéri le genou, ce sont les cloches qui se sont mises à sonner ! J'en ai une petite sizaine, bien tranquilles et toutes mignone ! (comme a dit un québecquois sur le chemin : "Certain entamment le Chemin pour trouver la lumière, d'autres ramènent des ampoules".... pas mal, hein ? sont bien, ces québecquois !)
Ah et puis, je voulais vous dire : pas le moindre port à Saint Jean. Pas plus de porc d'ailleurs... Par contre il y a des pieds, ça oui. Une quantité de paires de pieds qui appartiennent à des pélerins de toutes nationalités, chaussés dans toutes sortes de chausses, des sandales aux boots renforcées. Et tous les jours il en vient des nouveaux, et tous les matins il y en part d'autre, qui se lancent à l'attaque des Pyrénées. En une étape, que je ferai demain, nous traversons cette belle chaine de montagne, par le col de Roncevaux, lieu mythique de la Chanson de Roland. Je penserai à notre prof de Français du Moyen-Age, (me souviens plus de son nom... Seul me reste son accent liégeois prononcé) et à ses milles efforts pour nous faire imaginer Roland, en pleine bravoure, dans ce lieu désolé.!!
Des accueils hors du commun
En 15 jours, j'en ai encore vu de belles, en matière de personnalité exceptionnelles, de trampes humaines et de caractères surprenants !
Il y a par exemple,
Thérèse, une ancienne infirmière de 70 ans qui a décidé d'ouvrir toute sa maison et son coeur avec, d'ailleurs, à tout qui en aurait besoin. Faut bien chercher la maison, perdue sous une foret amazonienne de fleurs et plantes presques sauvages tellement elle les laisse envahir à leur guise. Et l'intérieur de sa maison est à l'image de l'extérieur, un fouillis extraordinaire, composé de toutes les reliques et souvenirs laissés par les pélerins reconnaissants, du chapelet au fleurs sechées en passant par les photos et les oeuvres d'art...
Car il y a de quoi être reconnaissant. Thérèse ne compte ni le temps qu'elle donne, ni les efforts qu'elle fournit avec pourtant une santé pas toute fringante, ni, il faut bien le dire, les quantités de nourriture qu'elle nous donne par rapport au nombre qu'on est ! Tout ça est mené d'une main de maitre avec une de ces trampes, il faut s'accrocher. Moi, j'adore ce genre de personne un peu gueulante et tellement attachante, je m'en ferais bien une grand-mère, tiens... Mais le lendemain, il faut partir. Le temps de lire un ou deux de ses poèmes, qu'elle écrit à ses heures perdues (poète, avec ça !), de se laisser fourrer une pomme et un peu de pain d'épice dans les poches et on disparait, le coeur tout gonflé et reconnaissant.
Il y a eu aussi
Séviac. Contre toute attente, je me suis retrouvée un soir, toute seule dans un gîte. Ce qui n'est plus arrivé depuis avant le Puy. Quand je dis un gite, je veux dire une villa gallo-romaine, transformée en gîte. Ca c'est un truc ! Y font de tout dans ces communes reculées. Ben oui, je dormais juste à coté d'une mosaique merveilleuse et miraculée qui datait du IVe siècle si j'ai bien compris (C'est juste Jean-Pascal)... Alors, après le prieuré glacial de Montverdun et les fantômes sanglants des moines, je m'apprêtais, en pleine campagne à deviser avec les esprits joviaux et bedonnants des riches propriétaires gallo-romains de la villa.
Mais il se fait que j'ai rencontré le guide du site, qui dormait là le temps de la saison touristique pour ne pas se taper des allers-retours inconvenants vers ce site paumé au milieu des vignes. On a mangé ensemble et sympathisé. Voilà pas qu'il me dit qu'il est comédien, surtout, et qu'il doit aller assister à un spectacle de ses amis, dans un village de la région et il me propose de l'accompagner ! Alors, là, c'est ce que je préfère, décoller de ce chemin où parfois, on se sent comme un numéro et plonger à pleine vitesse dans la vie locale. J'ai passé une soirée merveilleuse et rencontré des comédiens épatants... Merci encore, Jean-Pascal pour cette sortie culturelle inespérée et ces rencontres précieuses !
Lachez les taureaus !
Ca faisait pas mal de jours que la frustration montait! Déjà la fête de Saint Jacques on l'avait loupé (je sais à l'ordinaire, je ne m'en serais pas inquiétée, mais en tant que "jacquaire", c'est graaaave !), ensuite toutes les fêtes locales, on arrivait toujours la veille ou le lendemain. C'est vrai qu'à force de prier et bouffer des spaghbol dans des gites communaux, on est pas contre se changer un peu les idées, de temps en temps. Et là, paf, même le 15 aout, je l'ai loupé. Bon, Liège, j'avais déjà fait mon deuil, mais en France aussi il faisaient là fête à Marie... ou du moins au vin... Mais non, là non plus je n'étais pas au bon moment au bon endroit.
Mais là, à Nogaro, ville hideuse au demeurant, on était là le bon jour, soit le jour du lâcher de taureaus dans les rues de la ville! Et ca vaut le coup. On nous présente toute l'équipe des cavaliers du coin, presque que des femmes à l'allure fière et furieuse qui traversent un à un les rues au grand galop en portant leur regard déterminé sur le public hébailli... Et ca, c'est que le début. La suite c'est qu'on lâche vraiment les taureaus avec à peine une ou deux barrière nadarre poour protéger le public qui est là, le comité des fêtes le répète sans cesse dans les hauts parleurs pourri placés sur les façades, à ses risquezépérils !
Bon. Merveilleux. Les cavaliers devaient encadrer ces furies sauvages qui déboulaient comme des éclairs noirs et baveux de rage au beau milieu des rues. Pas mal excitant tout de même !.. Evidemment vous vous en doutez, tout le monde attend l'accident. Et il a bien failli arriver. Les cavacliers, au moment du "grand bandido" on un rien perdu le contrôle de la bête qui a manqué s'offrir une brochette de mamy qui regardait béatement la scène depuis le pas de sa porte. Son coup de cornes est vraiment passé à quelques centimètre de la vieille au sourire édenté ( elle l'a gardé son sourire, comme une parure de fierté !). Bref, hauts les coeurs, on a enfin eu notre dose de spectacle. Visiblement c'est une coutume bien répendue, dans ces villes du Gers...
A nec dote
opinel : Hé oui, ce qui devait arriver est arrivé. J'ai fini par oublié mon opinel dans un logement. A force de le sortir à tout moment, il est resté dans une cuisine. Je m'en suis apperçue à 12 km il était trop tard pour rebrousser chemin. Piou, je te présente toutes mes excuses et à moi même aussi d'ailleurs parce que le dueil est dur. J'avais fait toutes mes années guide avec, y avait même le début de mes initiales gravées dessus... Mais le jour même, un suisse du chemin qui avait su ma mésaventure m'a offert un cannif suisse (hé, faut faire vivre le pays) qu'il est allé m'acheter tout spécialement, avant même que je ne me mette en quête.
Montre : Bon, ça aussi, je crois que symboliquement fallait que ça arrive. Ma montre, s'est lachement éclatée sur le carlage d'une douche quelquonque. Tous les chiffres se sont mis à tourner dans sa tête, ses aiguilles ont fait 15 fois le tour en quelques minutes et elle a rendu l'ame. Hé ben moi, ca m'a fait pareil. Je ne m'y retrouve plus, je perds tous mes repères. Vous allez me dire que c'est bien, qu'il suffit de manger quand on a faim et dormir quand on est fatigué mais faut vraiment se réhabituer... Je tourne un peu à l'envers, pour l'instant.
Blonde : Bon vous savez tous que je ne fais déjà pas mon age, qu'on me demande sans cesse si je n'ai pas peur de voyager sans mes parents et ce que je vais faire comme études, plus tard et ben là, avec le soleil de ces derniers jours (là il est parti, dommage pour la montée vers Roncevaux) je suis vraiment devenue toute blondinette et ça n'arrange pas mes affaires. Les joues toutes rougeaudes et les cheveux tous blonds, on veut toujours me remettre au jardin d'enfants... Enfin, bon, ça a parfois des avantages, mais c'est pas toujours commode pour être prise au sérieux.
Vocation ? La question de l'age doit aussi jouer dans ce problème. Il se fait qu'à chaque fois que je suis hébergée par des soeures, il faut croire que j'ai une bonne tête pour ça, elles me harangue pour me recruter. "Hé petite ! Tu as pensé à ce que tu voulais faire plus tard ? Ce sont des fraiches comme toi qu'il nous faut !" Je trouve ça plutot cocasse et puis elles sont tellement attachantes, ces petites soeures, toutes rayonnantes et pleines de joie. Je me demande tout de même si je ne vais pas y réfléchir...
Punaises de lits : La frayeur des hébergeurs et des pélerins sur le chemin. Une sorte de parasite (pour plus d'infos sur leurs moeurs sexuelles allez lire Bernard Weber) qui pique et se colporte gentillement d'un lit à l'autre et d'un sac à l'autre... J'ai été épargnée, jusque là... Ouf !
Attaque de chiens basques :
Bon ils ne sont pas comme les autres, les basques : plus libres, plus fous, plus sales et surtout, ils n'ont ni Dieu ni maitre ! Je me suis fait attaqué vilainement à grand renfort de crocs et de regards foudroyants... Heureusement que j'avais les bâtons...
Bon je vous embrasse de tout coeur et espère vous retrouver bien vite. Il parait que les gites espagnols sont bien équipés en internet... On va voir ça. J'écoute vos réactions, mes chers chers amis !
Bizouzzzz