Bonjour à tous, très chers !
Tout ce temps qui nous a séparés !! c'est guerre facile de vous laisser si longtemps sans nouvelles... Je vois chaque jours des paragraphes pour vous se former dans ma tête et s'ils ne peuvent pas trouver clavier à leur doigts, ils s'impatientent et disparaissent... C'est vraiment frustrant!
L'équipement en internet de tous les gîtes devrait être un must ! Non, c'est vrai, je veux bien me passer de micro-ondes, mais pas de vous! Maintenant, j'ai denouveau quelques minutes tout au plus pendant lesquelles je reçois tous vos messages touchants... C'est tellement bon que c'en est presque indigeste! Et puis me faut me concentrer ferme pour vous donner le maximu, l'essentiel.... Dieu que c'est intense !
Au terme de ce premier mois, j'ai plutot envie de prendre le temps avec vous...
Ou suis-je ?
Tout d'abord et pour mon plus grand plaisir, JE SUIS A MONTCUQ !!! Ahahaa j'ai bien ri depuis longtemps à l'idée de passer ici... Ca y est, j'y suis. Je sais c'est facile mais admettez qu'on peut s'amuser quelques temps tout de même... Non, il ne faut pas oublier (de prononcer) le Q, c'est important!
Ce charmant villageon (tout de même chef lieu du canton, attention... on ne rigole pas de Montcuq) se situe au sud de Cahors et est comme toute la région du Lot une pure merveille ! Je suis en pause pour un jour ici en attendant de retrouver mon amie québecquoise pour continuer une partie de la route ensemble. Je vais donc, à loisir, cet après midi, découvrir Montcuq, son centre historique, son plan d'eau etc (tout de même, c'est cocasse, non ?... Bon)
Le Lot... Quand j'aurai de l'argent j'y achèterai une maison*
Je suis donc dans le Quercy blanc dans le Lot... c'est vraiment une région splendide ! Je la traverse par des chemins de terre rouge à travers des champs de hautes herbes déssechées. Cette fois, c'est vraiment le sud ! J'ai marché hier sur des chemins tranquilles voire perdus en pleine campagne. Chemin de cailloux blancs qui reflètent la lumière du soleil et rende le paysage éclatant comme une mariée. Les chemins sont bordés de forets de chênes tordus et de murettes moussues qui rafraichissent l'atmosphère brûlante. On trouve ça et là des caselles écroulées pleines de charmes. Sauvaaach et tranquille ! mmmmh
Epicurisme ou ascétisme ?
Pi, dans le coins, ckiè bien, aussi, c'est la bouuuufffe ! Sont vraiment forts, ici ! Ils vous font des fromages en tous genres, pates dures, pates molles, tous les jours, au petit matin, je me choisis une petite tranchette pour le pic nic en prenant soin de découvrir du neuf à chaque fois...Y a pas 5 jours, j'en étais à ma 3e découverte de vache à pate molle, sans jamais me lasser... Vous savez, à la fois frais et crémeux et qui enfle sous la lame de l'opinel... Chaque midi c'est une fête !
Puis les spécialités, les riettes, le foie gras (bon je me suis abstenue, là, mais je sais qu'il est délicieux) le melon tendre et parfum, du vin... tendre et parfum. Je me régale... les rissoles aux pruneaux (sorte de gosette sablée fourrée aux pruneaux... Et là en plus, j'ai totale bonne conscience puisque c'est pour le bon fonctionnement de mon transit intestinal qui, vous vous en doutez est parfois bien malmené avec tout le pain blanc que j'amalgame!)
NOn, faut plus s'inquiéter pour moi, je m'arrondis à vue d'oeil avec tous ces petits plaisirs. On fera disette en Espagne ! Quant à l'élévation spirituelle, elle ne s'en porte que mieux !
Soooooooooooleeeeeeeeiiiiiiiiil
Vous l'aurez compris, le temps s'est très très clairement amélioré. Il fait maintenant comme il devrait faire à cette époque, c'est-à-dire plein soleil et ciel bleu, méditéranéen. Je me rissole, moi aussi, je vous assure, je l'ai bien mérité. D'après la météo, ca doit durer... Mais si on devait croire la météo, je suis à Saint Jacques à la fin de la semaine, hein!
Par contre je dois faire super gaffe à boire suffisamment et avec ma réserve d'un litre, ça implique de demander de l'eau aux portes presque toutes les 2heures. C'est un chouette moyen pour entrer en contact avec les gens et lancer une papotte sur l'endroit, le temps ou le potager. J'ai croisé comme ça un brave Michel Galabru que je complimentais pour son superbe potager rempli à craquer de plein de bons légumes. Il m'a répondu tout triste qu'il n'y avait plus personne pour le manger... Il était le dernier au hameau qui contenant 10-12 maisons... toutes vides ! J'y serais bien restée, moi, dans son paradis ! Mais la mondialisation, tout ça,... vous savez...
Une étape difficile
Comme je vous l'avais dit, l'étape du Puy à Conques est vraiment très fréquentée et haletante. Je suis donc arrivée à Conques par la vertigineuse descente aux enfers, comme le veut le GR 65 que nous suivons depuis le Puy et me suis tout simplement achevé les genoux.
Je me suis écroulée là, dans cette villette historique et touristique à plus pouvoir y vivre. Toute médiévale et accrochée au flan de la vallée, elle est pleine de charme pour qui y vient en voiture et pour un jour. Pour moi, elle a ressemblé à une fourmillère qui se serait mise au commerce et à l'artisanat.
Complètement épuisée et surtout très inquiète pour ce genou qui ne voulait pas guérir et pour les étapes à venir (toutes de 25km minimum), assaillie par les pélerins rencontrés qui y allaient chacun de leur petit conseil ("Ah, oui, ça, les tendons, ça pardonne pas... Si vous vous croyez de fer, c'est raté ! Faut pas badiner avec ça. Arrêtez-vosu ou c'est dans une semaine que vous rentrerez chez vous...Mettez-vous le genou au frais, que diable ! Non, c'est des pommades chauffantes qu'il vous faut ! Pas de thé ni de café! Surtout buvez ! Grrrrrrrrrr !") ou de leur compassion (dont je ne savais plus que faire), j'ai fini par trouver un peu de calme au cimetière où j'ai pleuré toutes les larmes de mon corps avant de m'endormir pour deux bonnes heures, comme une enfant, au milieu des tombes.
Original ? Oui, mais efficace! Une fois calmée et reposée, une fois que j'ai recouvré un vrai silence, que j'ai à nouveau pu entendre mon intuition propre, mon idée sur la chose et faire taire toutes les réflexions entendues, j'ai fini par voir les choses avec sérénité. Je n'avais pas plus d'idée sur ce qu'il fallait faire, mais j'avais le calme et la confiance nécessaire pour faire un bon choix, au bon moment.
C'est étrange, dans ces cas-là, ce n'est pas la solution qui importe vraiment c'est de retrouver un état dans lequel on sera suffisamment ouvert et confiant pour aborder la réalité. C'est souvent à ce moment que la solution se présente, d'elle-même, toute simple et toute lumineuse, venue d'ailleurs.
Ca a été le cas. Une dame est arrivée près de moi pour me donner des patchs d'anti-douleur et d'anti-inflammatoire à garder 24h d'affilée et qui diffusent en continu. Je savais qu'avec ça, je pourrais faire mes longues étapes jusqu'à Figeac ou j'avais l'espoir de pouvoir m'arrêter si ça ne s'améliorait pas. C'était tout simplement parfait pour ne pas devoir rester dans cette cloche à touriste qu'était Conques.
Pour couronner cette paix du soir, j'ai eu droit, moi qui suis sontamment en manque de musique, à un merveilleux concert de chant sacré, en nocturne, dans la cathédrale de Conques, orgue et chant contre-ténor... Vous savez, ce genre de douceur onirique qui vous fais vous envoler entre tendresse et souvenirs. mmmmh ! Cadeau!
Pause paradisiaque de 3 jours au Moulin
Trois étapes après Conques la fougueuse, j'ai eu le plaisir de me reposer dans la maison des parents de mon ami Ben. Je me suis totalement égarée le matin, en quittant Figeac et en reprenant le GR dans l'autre sens, oui, vous avez bien compris, vers le Nord ! Je remontais sur mes pas, sans même m'en rendre compte tant il y a un embrouillamini de GR et de balisage dans ce coin là. Ca c'est vraiment la PIRE des PIRES chauses qui peut arriver à un marcheur. En tout cas, je me suis mise dans une sacrée colère en refaisant dans l'autre sens les 7 km déjà fait la veille !
Bon, j'étais d'autant plus exhaltée quand je suis arrivée au Moulin des parents de Ben, perdu dans la campagne. Quatre anciennes batisses semées autour d'un bassin d'eau bleue verte et glacée. Sa famille m'accueille en toute simplicité entre deux coups de marteau sur l'isolation d'un des batiments. La maison d'amis dans laquelle je suis reçue est rénovée avec gout, elle est remplie de livres, d'objets de charme et de tableaux. C'est superbe et je laisse flaner là mon regard pendant trois jours magnifiques.
Quel calme, quel silence. Hormis les cigales qui se donnent à fond, le petit buson égaré et la truite qui saute au bassin, c'est le silence et la paix. Oui, bon, c'est vrai, il y a bien, un certain monsieur Labuche, bûcheron de la région, amateur de pastis à la dent pourrie et au tatouage abondant qui vient troubler la sérénité du lieu en jurant que si on le laissait faire la colline serait rasée en moins de 3 mois, poteaus électriques y compris.
Je me repose, donc, goute aux délices des produits locaux, grace au savoir-cuisiner de la maman de Ben, découvre la région dans la Renault 4L du papa de Ben et aide, à peine, à vider les granges en travaux. Le paradis, quoi ! Merci encore à vous, Coussy, pour cet accueil chaleureux!
Les leçons se font plus profondes après un mois :
Au terme de ce premier mois, je me sens parfois fatiguée. Il me semble que j'ai déjà traversé plein d'épreuves et reçu mille cadeaux. Et comme mon tempérament veut que je les vive plein gaz, je suis un peu hors d'haleine, à présent.
Je continue maintenant ma route en Quercy et je ressens une nouvelle solitude. La grosse foule entre le Puy et Conques est passée. Il reste des pélerins mais beaucoup moins et je n'en connais plus aucun. C'est une sorte de deuil, mais c'est bien aussi. Ca m'a demandé de nouveaux efforts d'adaptation, mais c'est ça le chemin, pas d'habitude, toujours s'adapter, vivre chaque moment au présent. J'ai lu hier cette belle phrase qui me porte :
Le passé c'est l'histoire,
L'avenir c'est le mystère
Aujoud'hui est un cadeau, c'est pourquoi on l'appel présent.
Et ça, amis, c'est parfois une sacrée épreuve d'avoir le courage de prendre tout ce qui vient comme un cadeau. Il n'y a pas deux jours les mêmes, sur ce chemin. Je dois me passer d'habitudes, qui sont parfois si rassurantes, je n'ai pas de pied-à-terre ou planter mes racines ni de compagnon qui seront toujours là, au même endroit pour m'attendre à mon retour...Il est bien dynamique mon présent, mais c'est la seule réalité, la seule vérité dont je peux faire ce que je veux : soit je l'acceuille et le dépasse, soit je le refuse et je cale!
Pourtant, je réalise combien ce que je vis pour l'instant, cette itinérance, cette solitude, cette absence de racines est fondatrice pour la suite de ma vie. C'est maintenant que je fais le plein de cadeaux, de liberté, de découverte, d'expériences toujours neuves, de victoires et d'épreuves. Je constitue une réserve de matières premières pour les constructions futures ! tadaaaaaaaaam !
La suite
Mon genou, bien reposé au Moulin, s'est réveillé dès la première étape de marche, pourtant plate et pas très longue. Je commence très sérieusement à soupçonner mes chaussures dans lesquelles je suis vraiment bien, mais qui impliquent puet-être une posture qui fait travailler mes genoux d'une mauvaise façon. Je ne pense pas en acheter des nouvelles car c'est le meilleur moyen de m'offrir de nouvelles complications. Je me fais donc à l'idée de marcher jusqu'au bout avec mes douleurs au genou. Pour la douleur, ça ne me gène pas trop, je veux juste veiller à ne pas griller définitivement mon genou.
Je m'apprète donc à ne pas arriver jusque à St Jacques et peut être à devoir écourter mais c'est ici, typiquement, un cas où il ne faut vivre que le présent et poser les questions au fur et à mesure. Ne pas se laisser gagner par des a priori qui ne sont pas d'actualité !
Bon allez, assez ri, je vous embrasse tous de tout mon coeur et vous remercie pour tous vos messages personnels qui me font tellement plaisir! Je les lis et les imprime dans ma tête pour les machouiller tout le long du chemin.
OLIN : Je te souhaite un MERVEILLEUX anniversaire... Je ne t'ai pas oublié et j'ai très fort pensé à toi de tout mon coeur ! Je te souhaite de belles leçons de musique, de belles leçons de vie, cette année, je te souhaite de nouveaux horizons pour ta belle âme !
Peux-tu me renvoyer ton numéro fixe, j'ai perdu en chemin mon mini annuaire avec tous vos numéros et je ne peux plus appeler personne !
* Chers amis des délicieuses vacances dans le Lot ya au moins 5 ans bonjour ! Les bois de chênes et les petites girolles cachées dessous, Les caselles, Saint Cirq la Popie et son Gourmet Quercynois, le fromage au safran, les chiens avec un oeil bleu et un oeil vert, Le beau Lot et ses kayaks... m'ont fait pensé à notre délicieuse escapade. Le chemin figurez-vous passe par Béduer, le petit village à l'ambiance décontrac' (à prononcer comme notre proprio, en articulant bien les n et les e) et j'ai marché tous mes pas avec chacun de vous dans mes souvenirs ! Plaisirs !